IV. Les travaux agricoles

 
Le paysan se met au travail immédiatement après Pâques.1 En cas de mauvais temps, it attend le calme. Dès qu'il fait beau, les instruments de labour prennent le chemin des champs. La vie du villagee ne comprend pas quatre saisons, mais deux seulement par année: celle du soleil et des tra vaux et celle du froid, de la neige, du repos force. Il est fréquent d'entendre des paysans dire, vers la fin d'octobre, <<maintenant que l'été est terminé>>.

Ce sentiment d'une année coupée en deux saisons est particulier à la très haute montagne, aux villages situés à plus de 1.200 m d'altitude. Les habitants du littoral libanais, eux, divisent l'annéé en 4 saisons: le printemps est bien net. L'été est d'une chaleur insupportable. L'automne amène les premiéres pluies. L'hiver, ce sont les pluies qui durent de 5 à 6 mois.

Il y a aussi un décalage de temps entre les activités des cultivatteurs du rivage et de ceux de la haute montagne. Les Hadethins commencent à peine à cultiver les fourragères autour de leur village. quand leurs semblables du littoral ont déjà cueilli leurs premiers fruits.
 

LA VICINE

a)Emondage et labour au printemps

Les premiers soins sont accordés à la vigne. Il convient de couper les ceps superflus des que la sève commence à monter. C'est qui exige un sens pratique indéniable: il est, de ce fait, réservé aux grandes personnes, celles qui ont le plus l'habitude des travaux de la vigne. Il faut une expérience pour savoir quel est le sarment qui donnera du raisin dans l'année et qu'il faudra laisser, en coupant ceux qui ne donneront pas. Il faut savoir également à quelle hauteur couper le sarment utile pour lui permettre de porter le plus de fruits afin d'avoir le maximum de jus.

<<Dans la haute montagne, où il ne fait pas assez chaud, où, surtout, la chaleur ne dure pas longtemps, on laisse le sarment trainer à méme la terre. Le paysan coupe tous les sarments qui poussent de travers, en sens opposé et qui sont rougeâtres. Il laisse, à chaque cep, suivant son importance et sa vigueur, plus on moins de sarments. En moyenne 7, 8, 10, on méme 12. Le cep qui n'a pas beaucoup de nouvelles pousses est plus sérieusement émondé afin qu'ainsi affaibli, il devienne plus vigoureux, l'année suivante.>>2

Après l'émondage, c'est le labour qui commence. Il faut se hâter. La pluie risque de ne plus tomber et, la terre sèche, aucun labour ne serait possible. La vigne risque de rester en friche. La récolte serait diminuée d'autant. Les travaux manqués seront regrettés au moment des vendanges. Le Hadethin qui possède des vignobles sans posséder des terrains à la montagne met un soin particutier à la culture de la vigne. L'émondage se fait avec minutie, le labour en plusieurs fois. Dès qu'il y a des bourgeons les propriétaires enlèvent les nouvelles pousses si elles sont malvenues. C'est une nouvelle sélection qui se fait. Les travaux de la vigne s'arrêtent pendant tout l'été pour recommencer en automne. Entre-temps, les autres cultures battent leur plein.

b) Vendanges

Si les vendanges sent faites en deux, trois ou quatre jours, les travaux de transformation du raisin durent plus de trois semaines.

On commence par prendre les meilleurs grappes pour en faire du raisin see (zbib). Les femmes, auxquelles revient ce travail, prennent les grappes une à une et en éliminent toutes les impuretés, tous les grains malades ou pourris, tous les morceaux sees ou superflus. Elles les étendent ensuite sur des nattes bien propres sur la terrasse de la maison dont elles prennent soin d'enlever l'échelle. Elles les trempent, au préalable, dans l'eau mélangée à l'huile d'olive et aux cendres des sarments brûlés dans un endroit propre. Le soleil dessèche, peu à peu, ces grappes et l'on a ainsi le raisin see qui sera offert aux hôtes de la famille pendant l'hiver et dont les enfants sont très friands.

Pour faire le vin (nbid), la même sélection s'impose. Mais les grappes sont exposées aux rayons du soleil sans être trempées dans aucun produit. Au bout de quelques jours, elles sont pressées à la main. Le jus est mis sur le feu pendant plus ou moins longtemps selon qu'on veut du vin doux, trè doux ou bien assez aigre ...

Le raisiné (debs), auguel est généralement consacré un quart de la récolte, se fait au pressoir commun du village. Il est fort douteux que ce pressoir --- dont tout le monde se sert bien qu'il soit propriété privée - ait changé de taille, d'aspect ou de technique depuis les Phéniciens ou les Romains!

Il est sculpté dans la roche qui affleure à la surface du sol. On creuse un bassin, généralement rond, de deux mètres de diamètre environ, de 3 à 5 cm de profondeur. On lui laisse une ouverture du côté de sa plus forte pente. Devant cette ouverture, deux ou trois autres bassins, plus pro fonds, en forme de cuvette, de contenance variable, reçoivent le jus de raisin qui y coule.

Le raisin est accumulé sur le bassin supérieur et piétiné pendant des heures. La quantité de jus ainsi extrait descend dans la cavité inférieure. De là, elle est transvasée dans une chaudière mise sur le feu (khalqin, hallé, 'arqyiat). Le jus, aprés avoir bouilli pendant une heure à peu près, se transforme en raisiné, sorte de confiture dont l'aspect rappelle celui du miel, mais dont le goût est moins écccurant. Elle fait les délices des enfants et sert de dessert aux repas d'hiver.

Il nous a été pratiquement impossible de savoir la quantité de raisiné que prepare chaque famille. Mais les villageois les mieux renseignés disent que, au moins, 120 à 130 families en font, tous les ans, 16 à 20 kg. Toutes les families doivent en avoir. Un minimum de 2.000 kg est annuellement consommé par les Hadethins.

Raisin frais, consommé dans les maisons, vendu sur le marché local ou expédié vets Tripoli et la Békaa, raisin see et raisiné, gardés pour l'hiver totalisent plus de la moitié de la récolte environ.

Excellent aliment, cette quantité, relativement importante, est sauvée de l'alambic! Cette <<décongestion>> fait manquer à Bacchus une clientèle de choix!

La boisson nationals du Liban, que la divinité gréco-romaine offre ses adeptes, s'appelle l'<<arak>>. Hadeth, comme tout autre village de la montagne, en fait, en boit, en expédie, par petits colis, à ses émigrés dans les pays oû ils vont chercher fortune.

Cette boisson est fortement alcoolisée. Pour faire de l'arak on met le raisin dans des tonneaux, on le laisse pendant deux à trois seniaines. Ce mélange, à forte odeur, qui n'est pas encore arrivé au degré d'acidité du vinaigre, est mis à distiller dans un alambic de forme très antique. Les villageois raffinés distillent deux, trois, voire quatre fois, la même quantité de jus. On mélange ensuite l'alcool avec de l'anis. On laisse refroidir et l'on boit.

Le liquide est d'une transparence d'eau pure. Mais, mélangé à l'eau, il devient laiteux et perd de sa force. Il sert d'apéritif. Il accompagne les petites collations, très fréquentes dans les milieux paysans. Il fait la joie des villageois à tout âge.

La boisson étant forte, il est d'usage de mettre devant celui qui en boit divers mets légers, comme des morceaux de tomate, de concombre, des grains de pastéque, salés et secs ... qu'on appelle mézzé. La boisson est dégustée à petits coups du bout des lèvres. Chaque fois elle brûle la gorge ...

L'arak, s'il est pris à fortes doses, enivre. Cependant les alcooliques sont rares. Il est bien difficile de savoir si c'est grâce à la qualité de la boisson ou bien à la modicité des quantités consommées par ce paysan sobre et modéré par tempérament.

Le vin rouge bouilli (nbid) est surtout pris en hiver. Il a la réputation de réchauffer le sang et de rendre la gaieté au cur sans faire mal au foi...

Les vins étrangers ne sont pour ainsi dire pas importés à Hadeth, sauf si c'est à des fins commerciales, et cela seulement pendant l'été où les estivants et les touristes sont de toutes nationalités et exigent des vins à leur goût.3

ENGRAIS ET FUMURE

Les families qui possèdent soit des bois de chênes verts dans les pentes rocaillcuses au nord du village, soit des espaces incultes ou en friche, les louent fréquemmentaux chev chevriers et <<moutonniers>> de Hadeth ou à ceux qui passent quelques jours dans leus domains.4

D'habitude, le berger s'engage à faire passer à ses bêtes des nutis déterminées sur la propriété du possesseu du bois. Les cultivateurs choisissent, de préférence, les nuits du printemps pour préparer les terrains à la pomme de terre et les nuits d"automne pour le blé. Les bergers, de leur côté, conscients de ce désir, marchandent pour avoir le plus d'espace à paître, rongent sur les bords des cultures et des endroits mis en défens.

La jalousie et la susceptibilité des propriétaires voisins sont, de ce fait, surexcitées. On les entend crier, avec force gestes et menaces, partout où le troupeau passe. Le garde champêtre est sollicité de nombreuses contraventions. L'agriculteur intéress&eacute; intervient à tout moment, adoucit les gens, ignore les injures qui lui, sont adressées ...

Chèvres et moutons sont également objet de sa bienveillance: dès qu'il a un moment de libe, il les accompagne, aide le berger à les conduirc doucement, à les mener dans les meilleures verdures. On le voit, de bon matin, bien avant le départ de'ses <<hôtes>>, circuler parmi le troupeau, pousser les bêtes à se lever et à <<déposer>> sur place le précieux fumier...

Certains paysans s'entendent avec les bergers pour avoir, tant que le, bétail est sur leurs terres, tout ou partie du lait et du fromage produits. L'on croit, en effet, que crttaines herbes, broutées par les animaux, donnent un mauvais goût au lait, que d'autres, peuvent causer des intoxications graves. Quoi, alors, de plus sûr, pour avoir du lait excellent et être tranquille sur la santé de la famille qui en mangera, que de récupérer, en quelque sorte, l'herbe de son propre champ, la meilleure du monde?

Dans cet échange économique, il n'y a aucune règle. La liberté de l'entente est totale. Les deux partis peuvent s'entendre, pour ne pas payer d'argent du tout, pâturage contre fumier. D'autres fois, ils, conviennent de quelques charges d'âne de fumier contre telle ou telle étendue de bois ou de prairie à faire paître aux animaux. Ceux qui n'ont pas assez incultes à louer ach&gravee;tent le fumier. Ceux qui n'en ont pas assez versent unc somme convenue en supplément...Ceux qui ont beaucoup de p´turages, s'ils ne veulent pas fumer leur récolte, se font payer en argent liquide, en fromage, beurre, lait caillé, têtes de bétail vivant. . .

De toute façon, le villageois préfère, jusqu'ici, fumier ses terrains, surtout ceux qu'il destine à la pomme de terre, par du fumier naturel de chèvre, de brebis, de vache. . .ou même d'âne et de mulet. Il paraît, l'expérience l'apprend, que les engiais artificiels, qui fécondent plus que les engrais naturels, fatiguent le sol et l'épuisent. Ils donneraient aussi un mauvais goût à la récolte. Il est connu que les récoltes faites sans engrais chimiques se vendent rapidement et plus cher que les autres. Les prropri&eacute;taires qui résistent encore à la tentation des engrais artificiels en sont fiers. Tout le village parle de leurs bonnes qualités de vieux cultivateurs . . .

Ce fait vient peut-être moins de la bonne qualité du fumier naturel que de l'inexpérience à savoir utiliser à bonnes doses les engrais chimiques, au double point de vue du choix des produits en fonction du terrain et de la quantité nécessaire au sol. Il est probable que nous verrons de telles résistances disparaître peu à peu de la mentalité villageoise. Les quelques tentatives réussies encouragent tout le monde. L'on profite de l'expérience acquise par les voisins, Les chèvres sont menacées d'extermination totale par un projet du gouvernement déjà à l'ordre du jour, depuis une dizaine d'années. Tôt ou tard, le villageois doit finir par employer les engrais chimiques.

EAU ET IRRIGATION

Hadeth est le seul village au Jobbé, qui n'ait pas de l'eau en abondance. Il est, lui-même, sis sur un promontoire qui se prolonge vers la montagne par un dos d'âne sinueux et étroit. Aucune réserve d'eau ne peut y avoir place.

Les habitants, jusqu'à une date récente, 1956, devaient puiser l'eau potable à deux petites sources peu abondantes, situées sur la pente, ce qui ne permet pas de les amener dans les maisons. Les femmes, tous les soirs, vers 16 heures, devaient porter leur jarre sur l'épaule, aller attendre leur tour à l'une des deux sources, amener l'eau à la famille. Elles ne se plaignaient guère de cette corvée journalière qui leur donnait l'occasion de bavarder quelques minutes et de savoir les nouvelles f&ecute;minines du bourg!

Les défilés pittoresques des tailles féminines dont la jarre accentuait le mouvement . . . manqueront à jamais à notre village. En 1956, une aide financière de l'Etat à la municipalité5 de Hadeth a permis d'acquérir, dans le domaine de Tannourine, à 7 km environs, vers le sud, une quantité d'eau potable et de l'amener au village ainsi que de la distribuer aux maisons.

L'une des premières conséquences de cette richesse nouvelle, en vain et souhaitée depuis des siècles, est la plus-value des terrains de construction, de l'ordre de 300% environ, en moins de dcux années.

Les émigrés ont saisi l'occasion pour envoyer de l'argent à leurs parents et so faire construire des maisons qu'ils désirent retrouver à leur retour. Certains sont même revenus construire et sont partis immédiatement après.

Certains estivants, constatant l'excellence du climat, ont acheté, à des prix vraiment excessifs, des morceaux de terrain pour la construction.6

La villégiature d'été prendra de l'importance. Les nouveaux immeubles s'élèvent à un rythme accéléré. Les données économiques seront certainement transformées d'ici cinq ans au plus tard.

D'ailleurs, les domaines de Hadeth, même ceux de la montagne, n'ont qu'une eau parcimonieuse, qui coule par petits filets dont le plus abondant ne dépasse guèree cent mètres cubes de débit! Les 13 résurgences qui pointent dans tous les domaines de Hadeth totaliseraient, au dire des villageois les plus dignes de foi, 450 mètres cubes.

Elles sont toutes captées avec soin. Le propriétaire d'un filet d'eau s'estime très heureux. Il lui construit un réservoir en pierre cimentée de terre glaise.7 Une dalle, où le constructeur pratique un trou rond, est encastrée, comme une porte, à la base du réservoir. C'est par ce trou que l'eau, économisée pendant une demi-journée, une journée, deux journées, sort. Le villageois ferme l'ouverture de la dalle à l'aide d'un bâton en bois, coiffé d'un chiffon. Les uns l'appliquent de l'extérieur, les autres de l'intérieur, quand la dalle est assez haute pour être posée à plat.

L'eau, libérée par l'ouverture de la dalle, se répand dans une rigole8 en terre consolidée qui serpente à travers les champs à arroser. Ces conduites d'eau à ciel ouvert ont de multiples inconvénients. Le soleil en a sa part, par évaporation. Les rats et les souris, en véritables artistes-ingénieurs, en font des dérivations souterraines difficiles à soupçonner par le paysan. La taupe n'est pas moins habile dans la construction des conduites dissimulées. La terre de la rigole elle-même, souvent assoiffée, en boit une bonne part. Quand le trajet est long, il y a le danger, bien réel, de la dérivation par la main de l'homme. L'enfant qui passe s'amuse à installer ses petits moulinets. Le berger met volontiers une pierre dans la conduite pour faire gonfler l'eau en un point où le troupeau puisse s'abreuver. Souvent cette pierre est oubliée par le berger. Les pailles qui s'y arrêtent ferment la rigole. L'eau déborde. Le pauvre paysan en perd, ainsi que de son temps, et, malgré tous ses efforts, son terrain n'est pas arrosé en entier.

Cette économie antique de l'rrigation se réflète également dans la répartition de l'eau, quand la source n'est pas la propriété privée d'une seule famille. Or ce dernier cas est le plus fréquent. Les plus grands débits, au nombre de cinq dans tout le domaine, sent propriété indivise entre de nombreuses familles. Les parts de chaque propriété sont distribuées par périodes. Celles-ci ne sont pas homogènes et varient d'une à deux, trois ou quatre heures, même à une journée on une demi-journée par semaine ou par quinzaine. Ceci donne lieu à la fragmentation des cotes en parties minimes parfois. Chaque fois que le terrain subit on partage, par vente ou entre cohéritiers, il y a partage de l'eau qui lui est attribuée!

Généralement, la journée est divisée en deux: la nuit et la matinee d'une part, l'après-midi d'autre part. Il est de coutume d'arrêter la matinée vers dix heures. Le soir, celui qui aura l'eau pour le lendemain, vient au bassin commun et le bouche. Le matin, il revient tôt l'ouvrir. Quand le réservoir se vide, le propriétaire suivant vient fermer l'eau qu'il utilisera quelques heures plus tard. Le cycle commence et recommence ainsi tout l'été.9

Les petits propriétaires se prêtent mutuellement leur part pour avoir l'eau plus longtemps à l'arrosage. Mais les parts, ainsi espacées, laissent les cultures plus longtemps sous la menace de la soif.

C'est pourquoi le paysan est très susceptible quant à l'exactitude de l'heure de la fermeture du réservoir. Nombreux sont les litiges causés par cette question de l'eau.

Si le propriétaire de l'eau de la matinée, par exemple, arrive en retard pour ouvrir son débit, l'eau restera plus longtemps dans le bassin et le propriétaire suivant doit reculer l'heure de la fermeture. Il perd ainsi une quantité d'eau d'autant plus précieuse qu'il fait chaud et que son terrain a soif. Parfois, l'entente se fait d'elle-même. On se fait des excuses à l'amiable. Mais ii arrive que les paroles se transforment en injures, les saluts de la main en coups de bâton et le surlendemain...on est chez le juge du district ...

EMBLAVURES

a) Aux alentours du village

Les villageois qui ont des terrains autour du bourg et d'autres à la montagne ne peuvent pratiquement se reposer qu'à la fin de l'automne.

Dès le début du printemps, avec plus ou moins de décalage dans le temps, selon l'avance ou le retard de la fonte des neiges, les cultures de plantes fourragères sont faites autour du village. Il faut les entreprendre immédiatement après la fonte de la neige, avant que la terre ne se dessèche et interdise toute semence.

On cultive la pomme de terre, l'ail, l'oignon, dans de petits enclos autour des maisons (maksal, douarat, hakourat, dont le nom générique est le jdar).

Ceux qui possèdent un filet d'eau dans les alentours du village - mais ils sont rates - l'utilisent minutieusement à se faire on petit jardin potager, où pommes de terre, haricots, mais prédominent et occupent le terrain tour à tour. Il faut, cependant, noter que les étendues cultivables autour du village sent limitées au point de vue superficie et au point de vue qualité du sol. C'est, en effet, une terre rocaillcuse, de forte pente. La silice y prédomine dans des proportions qui semblent interdire les semences, même celle du blé. Les villageois réussissent, cependant, à les utiliser pour la culture de la vigne, de l'orge, de la gesse et de la vesce.10 Ces deux dernières sont uniquement destinées à la nourriture du bovidé.

b) Domaine de la <<montagne>>11

Au sud de Hadeth, à une demi-heure de marche vers la montagne, commencent les terrains qui lui fournissent la plus grande partie de sa subsistence. C'est là que, l'été, les trois quarts des paysans vont passer de longues journées de labour et d'efforts. Quelques-uns passent la nuit dans une cabane en pierre on une hutte en branchages qui les abrite avec lent famille. Les bufs et les betes de trait sent attachés autour. On se lève de bon matin pour labourer, irriguer ou sarcler. On travaille sans se reposer pendant des journées entières. D'autres propriétaires, ceux qui ont des enfants à l'école et qui ont plus d'attaches au village, rentrent chez eux tous les soirs et remontent dans leurs propriétés tous les matins.

99 familles ont des terrains à la montagne. Chaque propriétaire possède une paire de bufs, une vache, un bufs, l'une ou l'autre de ces bêtes dont il combine les services avec ceux d'un animal appartenant à un voisin ou à un parent.

Le villageois répugne à toute association, société, coopérative, communauté de biens dépassant les formes de l'échange de services qui tiennent lieu de toutes les modalités de l'entraide sociale!

Les paysans s'échangent des journées de travail, des bêtes pour le labour, des instruments agricoles, des produits de leur terre. Ils ne peuvent supporter l'isolement total les uns des autres. Ils se groupent volontiers par deux, trois on quatre pour effectuer une tâche ou terminer successivement les travaux. Cette forme de prêt est générale. D'habitude, elle est pratiquée entre propriétaires de terrains limitrophes. Mais elle n'exclut pas l'indépendance: on voit aujourd'hui deux personnes travailler ensemble. Demain, on les trouve séparées, travaillant l'une avec tel parent, l'autre avec tel voisin.

Le travail à la journée existe également. Il n'y a pas au village de gens qui vivent uniquement de leur travail manuel salarié. Il y a des propriétaires qui se louent quand its ont du temps et qu'ils trouvent un employeur. Dans les familles nombreuses, la main-d'uvre supplémentaire va à l'extérieur, quand il n'y a pas de travaux payés au village. Une quinzaine de jeunes gens s'en vont ainsi loin du foyer pour apporter une aide pécuniaire à leurs parents. C'est peut-être l'une des raisons qui font durer l'unité familiale, ainsi que nous le dirons plus loin.

Arrétons-nous, maintenant, devant ces champs distribués au hasard des successions et des partages, sans aucune logique de groupement.

L'ensemble de ces étendues est consacré à la culture de la pomme de terre, des haricots, du ma&iulm;s, des tomates, des pois chiches, du blé et de l'orge. Ce sont autant de taches, de couleurs différentes qui composent le paysage.

Le blé et la pomme de terre occupent, tour à tour, la plus grande partie de tout le domaine. La terre ne reste jamais en friche une année entière. L'alternance des cultures se fait selon le rythme de l'assolement biennal.

Dès la fonte des neiges, le paysan monte cultiver la pomme de terre, le haricot, le pois chiche, le ma&iulm;s. Il faut plusieurs labours avant de mettre la semence en terre. Le laboureur appuie fort sur son see dans le dernier labour: il ouvre ainsi de larges sillons. Une femme ou une jeune fille suit l'attelage et jette les morceaux de pomme de terre à une profondeur de 20 cm environ.

Les haricots et les pois chiches sent semés à la volée et les sillons sont fermés les uns sur les autres. Les travaux qui peunent être exécutés à l'araire sont les moins pénibles dans les champs.

Le blé, malgré sa reputation de céréale forte, exige des soins attentifs: il doit être irrigué deux à trois fois de juin à août. Des sarclages multiples sont indispensables pour ne pas le laisser étouffer par les mauvaises herbes dont la plupart sont plus vigoureuses que lui!

L'irrigation du blé est une opératon délicate et ne peut être laissée à un jeune sans expérience qui risque d'arracher les pieds en herbe en faisant passer l'eau à travers les champs. De plus, il faut avoir un sens déjà développé de l'observation et connaître son terrain, car la pente est, parfois, difficile à suivre. L'eau, en coulant trop vite, peut ouvrir des sillons et emporter le blé avec elle.

Le paysan ruse en quelque sorte avec le terrain. Il se met devant l'eau qu'il dirge, au fur et à mesure qu'elle avance, à l'aide d'un poilet12 long d'au moins trois mètres. Au lieu de laisser l'eau couler par larges rigoles, dangereuses pour le blé, le paysan la subdivise en plusieurs filets qu'il disperse en triangles à partir de la rigole principale. Au fur et à mesure que la base du triangle avance vers la terrasse inférieure, le travailleur en détourne l'eau au sommet qu'il élargit jusqu'à en faire un rectangle. Ensuite il fait repasser l'eau dans la rigole principale et la dirige à côté, dans le terrain pour recommencer la même opération jusqu'á ce que le champ soit irrigué en entier.

La deuxième et la troisième irrigations sont moins délicates à effectuer. Il ne reste qu'à laisser l'eau aller dans les petits filets qui forment les rectangles de la premières fois. Ce travail est laissé aux enfants on, même, aux femmes.

Ceux-ci, en faisant les travaux à leur mesure, libèrent l'homme pour des táches plus pénibles et plus délicates. Car, au moment de la deuxième irrigation du blé, il faut remuer, à la pioche, les cultures de pomme de terre afin d'accéléier leur pousse. L'homme le fait sans toucher les tubercules en formation, sans couper les racines très délicates. Il faudra, une seconde fois, revenir à la pomme de terre et remuer le sol en l'accumulant au pied des plants pour les soutenir et couvrir les tubercules afin de les protéger du soleil qui leur est nocif. Ce travail vient à peu près en même temps que la récolte de l'orge, des pois chiches, des haricots, des lentilles, du ma&iulm;s etc.. de sorte que les cultivateurs doivent mobiliser tous ceux qui peuvent travailler dans leur famille: enfants, parents . . .

C'est le moment le plus vivant de l'année dans ces champs brûlés par le soleil de juillet-août! La campagne grouille de gens affairés de toutes tailles et de tous âges. Le ma&iulm;s et le haricot sont transportés au village dès qu'ils sont arrachés. Ils sent étendus sur la terrasse de la maison où ils séchent pendant quelques semaines avant d'être battus à la main avec des bâtons et égrenés. Le pois chiche est lié en gerbe et mis à côté de l'aire: it sera traité après le blé.

Pendant ce temps, le blé jaunit peu à peu. On lui prépare l'aire: place ronde de trois mètres de rayon. On la construit tous les ans dans la partie des champs ensemencés en blé. Pour ce faire, on irrigue une surface choisie dans un endroit sur lequel souffle généralement un vent doux et continu. On laisse évaporer pendant quelques jours. La terre est piochée protondément, battue à l'aide d'une planche arrondie, lourde, épaisse de 25 cm à peu près et tenue à la main au bout d'un bâton. Un rouleau calcaire, comme celui qui sert à entretenir la terrasse de la maison, achève de rendre l'aire plane, dure et bien propre. Les pourtours de l'aire sent relevés et arrondis. Ils sent battus fortement pour devenir résistants et protéger l'intérieur où le blé sera accumulé.

Il y a certains paysans qui ont adopts une solution de facilité en se construisant des aires dallées au moyen de gros blocs de pierre dure de même niveau. D'autres pierres de même nature forment les bordures de ces aires. Celles-ci ne sont pas très bien vues par les bons cultivateurs: le blé se casse en subissant le poids du tribulum et la dureté de la roche.

Génératement les paysans s'entendent pour battre le blé par petits groupes, sur les mêmes aires: 27 aires suffisent à tout le village.

La moisson est le travail le plus dur et le plus important de l'année agricole. Le villageois s'y prépare de longue date. Il faut qu'il soit libre, ainsi que ses animaux, ses enfants, sa femme. Chacun trouve du travail: le plus jeune du nid, l'enfant de 5 à 6 ans, se rend à la source remplir la cruche des moissonneurs. La fillette de 6 à 7 ans glane les quelques épis échappés à la faucille. La vieille grand-mère se traîne du village jusqu'au champ pour choisir les meilleures pailles qui lui serviront à tresser des plateaux durant les mois d'hiver!

La moisson se fait encore à la faucille chez nous: cet instrument est composé d'une lame recourbée en croissant de lune d'une ouverture moyenne de 30 cm environ. L'homme la tient par un manche en bois. De la main gauche, dont les doigts sent introduits dans un gantelet de roseaux durs qui les allongent et les protègent, il empoigne les épis et les présente, par petites gerbes, à la faucille, en les inclinant vers l'épaule droite. Il peut même en couper plusieurs fois avant de se vider la main gauche. Ce qui fait que les brassées sont vite étendues par terre, sur le chaume, derrière lui. Le moissonneur ouvre une tranchée large de deux mètres dans l'ensemble du champ. Comme il n'est généralement pas seul, le champ est sillonné de nombreuses tranchées parallèles. Les femmes et les enfants ramassent les brassées de blé et les accumulent dans des endroits espacés pour les lier en gerbes plus grandes.

Si le blé est faible et ne permet pas l'emploi de la faucille, - et c'est le cas de toutes les semences en sec et des terres légères -, les travailleurs doivent le couper soit avec une faucille plus petite soit à la main, épi par épi. Pour ces tâches, pénibles et de patience, le fellah libanais, malgré sa pauvreté, embauche des ouvriers syriens, des alaouites qui viennent par bandes sillonner le pays au moment des moissons. Ils sont beaucoup moins qualifiés que lui pour les travaux. Mais lent faible salaire journalist permet de les embaucher pendant quelques jours. Le paysan les nourrit, leur donne un peu d'argent ou mêine une gerbe de blé...

Ces dernières années, ces ouvriers alaouites deviennent très rares à cause des difficultés qu'ils rencontrent pour passer les frontières. Le paysan fait lui-même leur tâche ou bien, dans certains cas, il laisse en friche les champs sans production rentable, en attendant des jours meilleurs pour les travailler, les rendre plus fertiles, grâce à un labour profond et aux engrais.

Parfois, au temps de la moisson, on attelle les bufs sur l'aire pour le dépiquage. Cette opération se fait encore à l'antique. <<Le plus souvent, on emploie le tribulum. C'est une large planche de bois, épaisse, à la face inférieure hérissée d'éclats de silex. Elle est traînée, sur l'aire, préalablement jonchée de blé ou d'orge, par on animal tournant, cheval, âne on buf.>>13

La planche est relevée à l'avant de sorte qu'elle fait avec le sol un angle de 30 à 35 degrés. Ainsi elle peut glisser sur le blé sans enfoncer. A Hadeth, c'est en général la paire de bufs ou de vaches qui est utilisée pour la traîner. Ces bêtes sent attelées, aux épaules, par un joug auquet la planche est reliée par une corde. L'animal qui est à l'intérieur par rapport à l'aire est attaché par une corde qui sert de frein et de moyen de direction. Son partenaire est conduit uniquement par le joug. Une personne s'assoit ou se tient debout sur la planche et dirige l'attelage. Une autre personne doit veiller à ce que le blé ne s'accumule pas à certains endroits, en en découvrant d'autres. Ce qui ferait marcher les éclats de silex de la planche sur l'aire. L'épaisseur du blé doit être retournée toutes les fois que la partie supérieure de la couche se trouve plus fine que le fond. L'ouvrier le retourne à l'aide d'une fourche à deux doigts, longue d'un mètre et demi.14 Il faut généralement une journée pour achever une épaisseur de blé étendue sur l'aire.

La couche qui devient fine, c'est-à-dire dont les grains sont séparés du chaume, est ramassée au centre de l'aire. Tout autour, on en étend une autre, en forme d'auréole. Quand elle sera terminée, à son tour, on la ramassera et ainsi de suite jusqu'à la fin de la moisson.

A ce moment commence le vannage, opération qui sépare les grains de la paille concassée. Le travail se fait à l'aide d'une fourche de 4 ou 6 dents qui souléve, comme une main d'homme prolongée d'un mètre et demi, une poignée de paille et de grains et la jette en l'air. Le vent qui souffle souvent sur ces hauteurs, chasse la paille. Le blé, plus dense, tombe. On entame le tas, du côté où souffle le vent. Une brèche s'ouvre peu à peu dans le cône. Plus le travail avance, plus le blé devient clair et épais d'un côté, tandis que la paille s'accumule de l'autre côté par ordre de grandeur décroissante. Les brins les plus légers sont emportés loin parle par le vent. Les plus lourds, les plus gros, tombent en bordure de la masse. Les paysans les ramassent après le travail et les laissent séparés. La paille la plus fine sert pour les murs en terre battue qui servent de cloisons dans les maisons. Elle est encore mélangée à la fiente des vaches pour la fabrication des plateaux sur lesquels on élève le ver à soie. Ce dernier usage disparaît petit à petit, en même temps que l'élevage.

Certains paysans laissent la partie fine de la paille sur les aires où le vent se charge de la disperser. La paille moyennc est utilsée pour la nourriture des animaux pendant l'hiver. La vache la mange telle quelle. L'âne et la mule la mangent mélangée à l'orge. Aussi est-elle transportée à la maison en même temps que le blé et entassée au sous-sol.15

Le blé, après cette séparation sommaire, doit être passé au van qui en élimine les pailles les plus grossières que la fourche et le vent n'ont pas enlevées. Le crible vient, à son tour, séparer le grain des cailloux qui sont emportés sur l'aire avec quelques racines arrachées à la hâte dans la moisson.

Le villageois est bientôt devant une quantité de blé, propre, bien doré. Il sourit et oublie ses peines, les poussières qui lui entraient dans les yeux, dans la bouche, dans les narines. Il oublie les pailles fines qui pénétraient dans le col de sa chemise et le piquaient à même la chair. I! oublie les nuits, qu'il a dû passer sur l'aire pour profiter d'un vent propice et échapper aux coups de soleil. Il oublie que, depuis deux ou trois semaines, il n'a pas eu le temps de se laver la tête, ni de manger à sa faim! Il sourit. Il se souvient uniquement de cette masse de blé, nourriture de sa famille pour l'hiver prochain.

Cette quantité de blé est le lien d'amour entre lui et la terre. Celle-ci, pour le paysan, est cette merveilleuse maman qui lui donne le blé, qui l'aide ainsi, à assurer la nourriture de ses enfants.

C'est pourquoi il recommence à travailler avec la même joie et le même espoir. Son travail et la terre sont les garanties de son indépendance et de sa souveraineté. Un proverbe libanais traduit cet état de choses: <<Un paysan satisfait est tin sultan secret.>>16

Le paysan de chez nous n'a pas l'orgueil d'un homme qui soumet la nature à sa propre volonté. Mais c'est un homme reconnaissant. La terre est aimée. Il faut voir quelle peine éprouve une famille en vendant un lopin de terre! Celle-ci est une valeur familliale, au-dessus du commerce, qui est, en cas de besoin urgent sacrifices comme se sacrifie une personne pour sauver d'une calamité ceux qu'elle aime.

L'émigré, avant de partir pour l'étranger,, recommande à tous ses parents de ne jamais vendre la propriété: il fera tout son possible pour subvenir aux besoin des siens et leur permettre de conserver l'héritage. c'est pourquoi les op&eaucte;rations de vente sont relativement rares. les transferts de la propriété se font, dans la majeure partie des cas, entre membres d'une même famille.17

Avons-nous fait une digression en nous arrêtant avec le paysan devant le tas de blé qu'il vient de séparer de toute la paille? Il faudrait peut-être, au contraire, nous arrêter davantage et le regarder plus longtemps. J'ai bien vu des paysans s'agenouiller devant leur tas de blé et y tracer une croix à la main. Il y en a qui tressent deux gerbes, les disposent en croix sur la meule avant de commencer à écraser la paille. Ils mettent une autre croix sur le tas de blé jusqu'à la fin des travaux. Le blé, don de la terre, est une récompense des peines passées et une raison de foi dans l'avenir.

Le blé est mis dans des sacs en laine on en poil de chèvre, fabriqués dans le pays. Il est transporté à dos d'âne ou de mulet. Le chameau aussi est utilsé quand des Bédouins passent dans le voisinage.

Le paysan n'oublie pas que la pomme de terre reste sur pied et qu'il faut bientôt l'arracher. C'est pourquoi, dès que le blé est en sécurité, il revient dans ses champs, avec sa paire de bufs, son araire, sa pioche, ses sacs et ses paniers ...

Pour arracher la pomme de terre, on attelle, comme pour le labour. Le soc fend la terre et met les tubercules à nu. Les femmes et les enfants les ramassent dans des puniers qu'ils vident dans les sacs. On les transporte au village comme on a fait du blé, aprés en avoir enlevé la part de la sentence de l'année suivante. Cette semence est enterrée à la montagne même. On ouvre, la nuit, un trou profond d'un à deux mètres et l'on entasse la quantité de pommes de terre que l'on a choisie. On la couvre de terre. Elle reste ainsi jusqu'au printemps où on la déterre pour la semence nouvelle. Elle est ainsi préservée de la fumée et des chaleurs de la maison pendant tout l'hiver...

Le terrain, libéré de la pomme de terre, des haricots, du ma&iulm;s, du sorgho, du pois chiche, des tomates, est réoccupé par le blé, dès l'automne. Le mode de culture le plus répandu à Hadeth est l'emblavure après irrigation. L'eau est amenée par les rigoles ouvertes à la main jusqu'aux champs qu'on veut ensemencer. Elle est dirigée ensuite à l'aide de la petite pioche à manche long. On la laisse avancer peu à peu suivant la pente la moins forte pour ne pas emporter le sol meuble. On lui ouvre de petites rigoles secondaires qui vont s'élargissant en éventail. Dès qu'un coin est irrigué, l'eau est conduite à un autre endroit jusqu'à la fin de l'irrigation.

Cette opération finie, on laisse la terre se reposer quelques jours pour qu'elle devienne un peu plus sèclie et permette le labour. C'est alors qu'on vient semer à la volée et labourer. Les mottes de terre sont soigneusement cassées à la pioche et les coins des terrasses que la charrue ne peut toucher sont également piochés.

La périphérie du domaine, on l'eau ne peut arriver, est cultivée en sec. On sème. On attend la pluie qui viendra faire pousser le blé. Mais if est des années où la neige tombe sans pluie au préalable et elle étouffe ces semences. Le paysan perd ainsi sa peine, le blé qu'il a jeté en terre et une partie de son domaine qui, de ce fait, reste toute l'année en friche.

Semence en sec on semence irriguée poussent au bout d'une <<huitaine de jours, avant l'arrivée de la neige, qui les couvrira complètement pendant plusieurs mois et fera pourrir la tige extéricure. Si la neige tarde trop longtemps à arriver, il y a danger double: celui de voir le sol désséché alors que l'on ne doit plus arroser et celui de constater que la tige s'est développée trop vite aux dépens de la racine. Dans ce dernier cas, on laisse les bêtes, bufs ou chèvres, venir brouter cette tige encore tendre en même temps que les mauvaises herbes qui l'entourent. Après la fonte des neige, la tige de ce blé se léve vigoureusement souvent en deux ou trois pousses et donne de riches moissons>>.18

Les semailles de l'orge sont identiques à celles du blé. Mais on sème beaucoup moins d'orge que de blé, car elle sert seulenient à la nourriture des bêtes, mulets, juments, mules, ânes ... Et l'orge récompense moins son cultivateur. Elle ne donne pas une aussi belle récolte que le blé. Elle occupe du terrain. On ne l'aime pas beaucoup.

Les semences qui passent lI'hiver sous la neige sont protégées par celle-ci contre le gel et le dégel qui sent néfastes ...

Le blé occupe, à lui seul, une moitié des terrains et toutes les autres cultures et semences l'autre moitié. La terre qui a été semée en blé reste en jachère de septembre à juin où les cultures de remplacement viennent prendre sa place pendant trois moins.

Quand elles sont arrachées, en septembre ou un peu avant, le blé vient immédiatement les remplacer. En somme, cette céréale occupe le terrain 10 à 11 mois de l'année. Le sol, qu'elle épuise, est laissé en jachère pendant tout l'hiver afin qu'il s'enrichisse en éléments axotés et nutritifs que les cultures de pomme de terre et autres n'épuisent que partiellement.

Tous ces travaux: moisson, dépiquage, rentrée de la récolte, semailles, doivent être terminés au plus tard vers la première huitaine d'octobre. L'hiver approche. La neige menace de tomber. Les travaux de la vigne et les vendanges attendant leur tour.19

Le paysan se hâte de revenir dans son foyer. La famille, femme et enfants, a été suffisamment brûlée par le soleil. A partir du 14 septembre, le paysan ne dort que rarement à la montagne. Il y fait trop froid. Il rentre tous les soirs au village et remonte tous les matins dans ses champs. Il emporte avec lui les instruments les plus chers, ceux qui risquent d'attirer la convoitise des Bédouins... 


1Voir pp. 132-133.

2Cf. Feghali, p. 145.

3Cf. plus loin (p. 63) <<les aliments du village>> où nous donnons des renseignements complémentaires sur le régime alimentaire et le niveau de vie de nos villageois.

4Nous étudions plus loin, en détail, toutes ces questions de bois, de friche, chèvres, moutons, garde champêtre...

5Voir explication de cet organisme au chapitre des intérêts collectifs, p. 59.

6Voir plus haut (p. 21) rythme de construction. Le ralentissement que nous avons constté est dû à ce que la première vague d'enthousiasme constructif est passé. L'on ne tardera pas à reprendre.

7Mihqan (quand c'est grand) et Berket (quand le réservoir est petit).

8Saqiat.

9La part d'irrigation, d'une demi-journée agricole, matinée ou après-midi, est appelée addan, mot de l'arabe classique: <<la meilleure période d'une affaire ou d'une vi>>.

10Baqiat, Kersanné.

11Le terme <<montagne>> est employé par les paysans pour désigner l'ensemble des propriétés situées au sud du village.

12Mankouche.

13Veulersse. P.S.P.O., p. 147.

14Le tribulum s'appelle = mawraj, l'aire = ba&iulm;dar, la fourche de retournement = 'atriné.

15La fourche qui sert à jeter la paille en l'air s'appelle midré, la paille tchen, l'épaisseur de apille sur l'aire tarha, l'action de séparer paille et blé tidravet.

16fellah mekfi, sultan mekhfi.

17Voir plus haut, p. 23.

18Cf. Feghali, p. 135.

19Voir plus haut, pp. 31 à 34.